Cérémonie de remise des insignes de la Légion d’Honneur à Mmes Ana Olivera et Belela Herrera [es]

Mmes Belela Herrera et Ana Olivera ont été décorées des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur par l’Ambassadeur de France Sylvain Itté.

DISCOURS REMISE DE LA LEGION D’HONNEUR A BELELA HERRERA ET ANA OLIVERA LUNDI 19 OCTOBRE 2015

Mmes Ana Olivera, Belela Herrera, l' Ambassadeur de France M. Sylvain Itté et Mme Itté
Mmes Ana Olivera et Belela Herrera avec l'Ambassadeur de France
Mmes Ana Olivera et Belela Herrera
Mme Ana Olivera
Mme Belela Herrera
Mmes Cristina Itté, Ana Olivera et Belela Herrera avec l'Ambassadeur de France Sylvain Itté

Chère Belela, Chère Ana, chers ami(e)s,

Comment vous exprimer ce soir l’honneur, la joie et l’émotion que Cristina et moi ainsi que tous les membres de l’ambassade de France, ressentons en vous recevant avec vos amis, vos compagnons de route de toute une vie, vos familles, afin de vous rendre hommage en cette résidence de France au nom de la République Française.
En effet c’est un honneur pour moi de faire votre éloge et de vous remettre au nom du président de la République, François Hollande, les insignes de la plus haute distinction française qu’est la légion d’Honneur.

Cette distinction, vous la méritez et mon pays est honoré de faire de vous à partir de ce soir ses « chevalières » de la légion d’honneur.

Comme vous le savez, au moyen âge les chevaliers avaient le devoir de combattre pour défendre leur souverain mais ils devaient également défendre le peuple et les paysans qui étaient placés sous leur protection. Bien sûr ils étaient choisis parmi la noblesse, mais n’oublions pas qu’à l’origine être noble signifiait avoir une grandeur d’âme, exigeait le sacrifice dans la défense des plus faibles. Etre chevalier c’était avoir des principes et des valeurs où la fidélité le disputait au courage et à la loyauté.
La France ne s’est donc pas trompée en vous rendant cet hommage, car toutes les qualités et valeurs que je viens de décrire ; vous les possédez, vous en avez fait votre miel quotidien ; c’est votre règle de vie depuis des décennies.

Le courage et l’abnégation dont vous avez fait preuve aux heures les plus sombres de l’histoire de votre pays et même du continent doivent être saluées et ne pas être oubliées. Durant ces heures où régnaient sur la majeure partie du continent et dans tous les pays du cône sud, des régimes exécrables qui avaient décidé de nier et de refuser à leurs peuples les droits élémentaires auxquels toute personne humaine peut légitimement prétendre.

La France a connu aussi ses heures sombres, ses moments de doute, ses trahisons. Elle a connu la répression, la lâcheté et les valeurs de la Républiques ont été foulées aux pieds par les soudards du régime de Vichy, par ceux et celles qui voyaient dans les valeurs portées par les lumières et par la révolution de dangereux actes de subversion.

A cette époque des hommes et des femmes se sont dressées, comme vous l’avez fait, pour dire non à la barbarie.

Belela ; vous avez fait ce choix lorsqu’en au soir du coup d’Etat du général Pinochet, alors que le Palais de la Moneda fume encore après le bombardement de l’armée de l’air chilienne, vous vous engagez pour sauver le maximum de prisonniers politiques, les uruguayens notamment qui enfermés dans le sinistre stade de Santiago, attendent de connaitre leur sors.

Vous n’êtes pas n’importe qui ; vous êtes la femme de l’ambassadeur d’Uruguay et vous utilisez dans le meilleur sens possible cette position pour sauver plusieurs dizaines de vos compatriotes et de chiliens de la mort ou de la torture.
Il y a quelques jours, visitant le musée de la mémoire à Santiago je pensais avec émotion à ces instants tragiques où la liberté fut assassinée, l’égalité meurtrie et la Fraternité refusée. Je pensais à vous en me disant que lorsque l’obscurité est totale il y a toujours une petite flamme qui donne l’espoir de l’humanité. Le 11 septembre 1973, vous étiez à n’en pas douter l’une de ces petites flammes.

Nul doute qu’aujourd’hui au Chili, vous êtes encore la mémoire de celles et ceux qui un jour d’automne 73, je devrais dire d’hiver de la démocratie, ont pu compter sur vous ; Vous étiez alors tout simplement l’humanité.

Dès lors vous garderez tout au long de votre vie la conviction de la nécessité du combat pacifique, la vocation affirmée de la défense des droits humains et de la dignité.

Cet engagement, vous l’accomplirez au sein du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies durant plus de 15 ans. Vous serez également de tous les combats durant votre vie en Uruguay et dans la région.

En 2005 le président Vázquez vous nome vice-ministre des relations extérieures et vous n’aurez de cesse durant cette période de faire approuver en 2006 par le Parlement uruguayen la loi sur le statut des réfugiés.

Vous êtes encore aujourd’hui de tous les combats, vous portez haut l’étendard des consciences en rappelant à vos compatriotes que la compassion, l’attention, la protection de l’autre, notamment lorsqu’il est étranger est non seulement un devoir mais qu’il est étroitement lié à la citoyenneté et à la condition d’être humain digne de respect.

Je pourrais encore parler des heures de votre parcours, de vos actions, de vos engagements mais toutes les personnes ici présentes pourraient bien mieux que moi raconter votre histoire. Elles pourraient, bien mieux qu’un discours d’ambassadeur, expliquer combien vous êtes une figure, vous êtes une actrice de l’histoire contemporaine de l’Uruguay.

Ana, l’histoire de l’Uruguay vous en faites également partie. Vous faites également partie de notre histoire, à nous Français. Car votre éducation, vos études, vos engagements politiques et philosophiques vous lient étroitement à la France depuis votre plus jeune âge.

D’abord votre éducation au collège du sacre Ceour où travaille également votre mère vous amène à apprendre dès votre plus jeune âge le français. Vous vous imprégniez de notre langue et de notre culture et vous devenez assez naturellement professeur de français.

Vous êtes passionnée, vous avez le feu de la justice et de la liberté qui coule en vous et vous vous engagez très tôt en politique. C’est l’époque de toutes les passions, de tous les rêves, de toutes les expériences révolutionnaires sur ce continent en ébullition qu’est l’Amérique Latine à cette époque. Vous vous engagez donc au parti communiste et vous avez à peine 18 ans lorsque la répression s’abat sur votre pays et vous oblige à entrer dans la clandestinité.

Vous fuyiez au Chili en 1972 via l’Argentine et vous retrouvez prise au piège à nouveau en 1973.

C’est à nouveau la fuite et l’exile. Vous n’avez pas 20 ans. Cuba vous accueille alors comme de nombreux réfugiés politiques qui ont pu échapper aux griffes bottées des régimes militaires installés sur presque tout le continent. Vous y resterez jusqu’en 1977, date à laquelle vous rejoignez la France.

A Paris vous vivez la vie des exilés politiques mais vous trouvez une famille, une seconde patrie. Vous faites des petits boulots, femme de ménage, cantinière. Vous êtes même la dame de compagnie du grand peintre cubain Wilfredo Lam, alors âgé de 80 ans et avec lequel vous faite de grandes promenades dans les rues de Paris en parlant d’Art et d’histoire.

A cette époque vous vivez les grands moments d’histoire qui bouleversent l’Europe ; les dictatures portugaise et espagnole se sont écroulées depuis peu et vous vivez au plus près la construction de la démocratie dans ces deux pays latins frères. Vous êtes également marquée par l’arrivée de la gauche au pouvoir en France et vivez ardemment l’élection de François Mitterrand à la présidence de la république en 1981. Vous avez même le temps de faire un enfant, un fils qui naitra à Paris et qui vous lie, après vos liens de cœur, à notre pays à jamais.

A votre retour en Uruguay, vous êtes bien entendu de tous les combats pour aider à la reconstruction de la démocratie. Vous avez à peine trente ans et une vie déjà bien remplie.

Vous reprenez du service en politique tout en travaillant comme professeur de français et agissant dans le domaine social. On vous retrouve dès 1994 à l’intendance de Montevideo puis vous êtes chargée au sein du Frente Amplio de travailler à la conception du MIDES.

Lorsque Tabaré Vázquez est élu président en 2005 vous êtes assez naturellement nommées vice-ministre de ce nouveau ministère social. Cela correspond à vos engagements, à votre histoire, à vos convictions.

En 2010, la victoire de José Mujica devrait vous mener naturellement à prendre la direction de ce ministère comme ministre mais vous préférez vous lancer dans la course à l’intendance de Montevideo et vous en devenez l’intendante en juillet jusqu’aux dernières élections de cette année.

Lorsque je suis nommé ambassadeur en Uruguay à la fin de l’année 2013 on me parle déjà à Paris de cette femme extraordinaire, qui dirige une capitale en Amérique latine et qui se bat avec toute son âme pour la francophonie. Je ne serai pas déçu par notre rencontre. Vous avez été toujours d’un énorme soutien lorsque cette ambassade a souhaité organiser des évènements et je ne peux oublier la fête du 14 juillet qui s’est tenue au Solis en 2014 grâce à votre soutien. Je ne peux également oublier l’extraordinaire soutien que vous avez accordé au groupe des ambassadeurs de la francophonie dans l’organisation des manifestations liées au mois de la francophonie organisées chaque année en mars et qui ont pris une importance remarquable grâce au soutien de l’intendance de Montevideo ; garce à vous.

Et maintenant, permettez-moi de continuer à m’adresser à vous en français car beaucoup dans cette assistance maitrisent la langue de Molière.

Je voudrais terminer en vous disant que je suis heureux et fier que les chemins de la vie m’aient permis de croiser les vôtres. Vous constituez un exemple pour les nouvelles générations.

Vous faites honneur à l’Uruguay, vous faites honneur à la France, vous faites honneur à la démocratie.

Vous faites honneur à la devise de la République française LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.

Je vous remets donc en cet instant cette Légion d’Honneur que vous méritez tant.

Dernière modification : 24/03/2022

Haut de page