Décoration de M. Alejandro Ruibal, président de la Société Française d’Enseignement [es]

L’Ambassadeur de France en Uruguay, M. Jean-Paul Seytre, a remis les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à M. Alejandro Ruibal, président de la Société Française d’Enseignement du Lycée Français "Jules Supervielle", le 8 novembre 2022.

Discours de M. l’Ambassadeur :

Mesdames, messieurs, cher Alejandro,

Je vous remercie toutes et tous d’avoir bien voulu accepter mon invitation ce soir. Je le fais au nom de l’ambassade de France en Uruguay, je le fais en mon nom personnel, et je me permets de le faire un peu au nom de notre ami Alejandro Ruibal car c’est pour lui que nous sommes assemblés ce soir.

Ce qui nous réunit autour de lui, c’est sa nomination dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Une telle nomination, c’est toujours un moment important, un moment de joie, d’émotion et d’amitié, mais aussi un moment solennel.

Solennel car, à travers la cérémonie que nous célébrons aujourd’hui, c’est la France qui choisit de distinguer une personne hors du commun. De la distinguer en reconnaissant ses mérites, ses qualités et ses accomplissements à la fois personnels et au service de la collectivité.

C’est surtout un moment d’émotion pour le récipiendaire. Alejandro le dira sûrement tout à l’heure. Une émotion que j’ai sentie quand je l’ai surpris en l’appelant au Paraguay, il y a quelques semaines, pour lui annoncer la nouvelle. Mais une émotion que je partage également car c’est un moment rare et que je vais vivre pour la première fois comme ambassadeur de France en Uruguay.

La Légion d’Honneur est probablement l’une des décorations les plus connues au monde. Elle a été instituée par la Loi du 29 Floréal de l’An X du calendrier républicain (c’est-à-dire le 19 mai 1802). Une loi signée dix jours plus tard par le Premier Consul, un certain Napoléon qui déjà n’était plus seulement le général Bonaparte mais qui n’était pas encore l’Empereur Napoléon 1er. Il s’agit de la plus haute distinction honorifique française.

En 2017, le Président de la République, Emmanuel Macron, a souhaité réduire significativement les contingents de nomination dans la Légion d’Honneur afin d’en renforcer encore la sélectivité, basée sur les mérites personnels et la contribution à l’intérêt général, et imposer une stricte parité Femmes-Hommes.

C’est dire toute la valeur de la décision du Président, Grand Maître de la Légion d’Honneur, qui a nommé Alejandro Ruibal chevalier par un décret en date du 26 juillet dernier. On ne compte dans cette promotion de la Légion d’Honneur que deux citoyens d’Amérique du Sud : Alejandro Ruibal et Mirtha Legrand. Vous avez donc tous deux désormais ce point commun inattendu et nous attendons le prochain lancement de l’émission « Almorzando con Alejandro Ruibal ». Ta maman, Julia Hermes, et ton papa, José Alejandro, seraient très fiers du chemin parcouru et à parcourir par ce petit vilain garçon qui reçoit aujourd’hui, au lieu d’une remarque dans le "cahier de correspondance", la médaille de la Légion d’honneur.

Tu as quitté le Lycée français avec ton bachillerato cientifico en poche, opcion ingenieria, pour poursuivre tes études à l’UDELAR, à la Faculté d’ingénierie, dont tu sortiras diplômé Ingeniero Civil Estructural. Très vite tu seras recruté par SACEEM, entreprise d’ingénierie et de construction, qui était à l’époque une filiale du groupe français Spie Batignolles. Le lien avec la France, encore.

Spie Batignolles, c’est aussi un lien que nous avons en commun car, comme cela t’a amusé lorsque je te l’ai raconté, j’ai moi-même travaillé brièvement au sein de cette entreprise, dont mon père a été l’employé, à deux reprises dans le cadre de jobs d’été pour financer mes études.

Au sein de SACEEM, tu as gravi tous les échelons. Tu as rejoint Saceem en tant qu’ingénieur, puis tu es devenu responsable de site, avant de diriger la Business Unit RTI (Réseaux, Téléphonie et IT) en Uruguay et à Porto Alegre, jusqu’à devenir directeur commercial en 2008. Par la suite, tu es devenu le vice-président commercial et des opérations de Saceem, poste que tu occupes depuis 2011.

Et tu es aujourd’hui à la tête d’une entreprise leader dans le domaine de l’ingénierie, de la construction et des travaux publics en Uruguay et dans la région, dont le chiffre d’affaires atteint 350MUSD et qui compte près de 3 500 collaborateurs.

Depuis le début de ta carrière, tu as été responsable de nombreuses équipes pluridisciplinaires pour des projets importants tels que des ponts, des lignes à haute tension ou des travaux d’assainissement. Ces dernières années, tu as dirigé des projets tels que la première centrale électrique à cycle combiné de l’UTE, le pont sur la lagune Garzón, le stade Campeón del Siglo (on y reviendra), le complexe du World Trade Center et les deux travaux les plus importants de ce siècle en Uruguay : UPM II et le Ferrocarril Central.

L’entreprise que tu diriges a conservé de son héritage français un lien profond avec les milieux d’affaires de mon pays et il existe de nombreux exemples de coopérations réussies entre Saceem et des entreprises françaises, mettant en commun leur expertise pour réaliser de grands projets en Uruguay. C’est le cas, naturellement, du Ferrocarril Central, ce projet si important pour l’avenir du pays, dont la réalisation associe des entreprises uruguayennes, française, et espagnole au sein du consortium Via Central. Je sais que c’est une grande responsabilité et une grande fierté pour l’entreprise française NGE. C’est aussi une grande fierté pour l’ambassadeur de France en Uruguay de voir ainsi nos deux pays construire ensemble l’avenir.

J’ai dit plus tôt que tu avais quitté le Lycée français pour rejoindre l’Udelar mais ce n’est pas totalement exact car, en réalité, tu n’as jamais vraiment quitté le Lycée français ! Ta relation avec l’établissement n’a fait qu’évoluer à travers la gouvernance de l’organisme gestionnaire de l’école, la Société Française d’Enseignement (SFE), dont tu as été élu vice-Président dès 2008 et que tu présides depuis 2015.

Il s’agit d’une responsabilité peut-être moins connue du grand public uruguayen, qui te connaît surtout comme chef d’entreprise, mais elle est évidemment essentielle à nos yeux, et à mes yeux, car la qualité du partenariat entre l’Etat français et la SFE est la condition du bon fonctionnement de l’établissement.

Je veux te remercier pour ton engagement personnel en faveur du Lycée, pour la qualité du dialogue avec l’ambassade et avec la direction de l’établissement. Je sais combien le Lycée français est cher à ton cœur et que sa réussite actuelle, avec des effectifs en hausse (désormais plus de 1000 élèves) malgré la pandémie de covid et tous les défis à relever, est un motif de fierté pour toi. Une fierté partagée avec la Proviseure et avec moi-même. Une fierté que je ressens tout particulièrement quand je remets les diplômes du Baccalauréat français à une promotion dont le taux de réussite est de 100% comme l’an dernier et lorsque je vois des élèves du Lycée sélectionnés pour bénéficier d’une bourse d’excellence et intégrer une prestigieuse université en France, comme cela est régulièrement le cas.

Preuve supplémentaire de cet attachement au Lycée Français, vous avez choisi, ton épouse Virginia et toi, d’y scolariser vos deux enfants, Alfonso et Maria Clara, qui parlent un français parfait comme toi et qui poursuivent leurs études en France. L’avenir est ainsi assuré !

Tu es, à juste titre fier de l’excellence académique mais ta contribution a été déterminante pour que l’établissement atteigne aussi l’excellence sportive. Et je ne peux pas faire ton éloge sans parler de ta passion pour le sport et pour le football en particulier.

Passion que tu as mise très tôt service du Lycée français. D’abord avec la création, avec l’aide de ton papa et des compagnons lycéens de dernière année, du Club ELF, le club des élèves du Lycée français, au sein duquel tu as joué longtemps et dont tu es le Président d’honneur. Un club ELF qui est aujourd’hui un club multisport du meilleur niveau au sein de la Ligue universitaire de l’Uruguay. Ensuite avec la création du magnifique campo deportivo, dont nous allons inaugurer ensemble le gymnase dans quelques jours, qui permet aux élèves de bénéficier des meilleures infrastructures sportives.

Passion du sport et du football également indissociable du Club Atlético Penarol, dont tu as été directivo et dont tu restes membre et, dans les bons jours comme dans les moins bons, tu seras toujours un fidèle supporter. Tu as d’ailleurs joué, avec Saceem, un rôle essentiel pour doter le club d’un stade propre après une si longue attente de ses supporters. Et je crois savoir qu’en réalisant ce projet, tu as aussi réalisé le rêve d’un supporter de Penarol très spécial, ton regretté papa.

Cher Alejandro, tu n’es encore qu’un « gurí » en comparaison avec d’autres récipiendaires de la Légion d’Honneur mais tu as déjà accompli tant de choses ! J’aurais pu ajouter que tu as également été fundador y director del Centro de Estudios Económicos de la Industria de la Construcción y vicepresidente de la Cámara de la Construcción del Uruguay. Fuiste también vicepresidente de la Cámara de Comercio e Industria Franco Uruguaya y has participado en misiones oficiales a París, donde tuviste la oportunidad de intercambiar con el entonces presidente francés, François Hollande.

Dans toutes ces activités, ce qui te caractérise je crois, c’est à la fois le dynamisme permanent, l’esprit d’initiative, l’intuition, la vision, la détermination et le leadership, celui de quelqu’un qui joue milieu de terrain dans tout ce qu’il fait, pour reprendre une métaphore footballistique. Tu as aussi cette capacité rare qui est d’identifier les opportunités quand personne d’autre ne les voit et à transformer les défis en perspectives d’avenir. Je crois que l’une des phrases que tu affectionnes, que j’aime bien et qui te résume bien, c’est : « « hagamos una limonada de este limón ». Je ne connaissais pas l’expression avant de vivre en Uruguay mais c’est une philosophie de vie que je fais volontiers mienne.

C’est pour l’ensemble de ces raisons, pour l’ensemble de ces qualités et pour tous les liens que tu tisses sans relâche entre nos deux pays, cher Alejandro, que la France te distingue aujourd’hui.

Devant ton épouse Virginia, ta famille et tes amis, c’est un plaisir et un honneur pour moi de te remettre les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur.

« Alejandro Ruibal, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur. »

Dernière modification : 10/11/2022

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