Décoration de Mme Simon, Ministre de l’éducation et de la culture

Nous sommes aujourd’hui réunis pour retracer ensemble l’itinéraire académique, professionnel et politique d’une ingénieur-mathématicienne liée à la France et appelée aux plus hautes fonctions de responsabilité de l’Uruguay, aujourd’hui Ministre de l’Education et de la Culture, María Simón.

María Simón naît dans un milieu cultivé de la typique classe moyenne uruguayenne, partiellement d’origine française. En effet, son grand-père maternel est alsacien, sa grand-mère suisse francophone et ils émigrent tous les deux en Uruguay où ils se marient.

Leur fils, le père de María Simón, est économiste, à la fois dans le secteur public et le secteur privé. Il assurera la parfaite francophonie de ses deux enfants.

Votre mère, aujourd’hui décédée, était professeur de langue espagnole et de grammaire, ce qui a complété l’influence de votre grand-mère, professeur de français.

Vous faites vos études dans un lycée public, le lycée n°9. Vous êtes une très bonne élève, mais vous retenez surtout de cette période un enrichissement personnel venu de vos contacts avec vos condisciples. Votre caractère humaniste, auquel ne s’opposera jamais votre esprit scientifique, se forme sans aucun doute à cette période.

Vous passez votre baccalauréat en 1973, au moment où l’Uruguay passe sous le régime de gouvernement de fait. Vous commencez vos études universitaires dans un climat qui vous déplait fortement, même si vous n’êtes pas à ce moment là une militante politique.

Si votre milieu familial est très culturel, tourné vers la littérature, vous optez pour les mathématiques, au sein de la faculté d’ingénierie.

Vous y suivez la formation d’ingénieur électrique ; vous êtes diplômée en 1980. Mais dès 1975, vous participez aux activités d’enseignement. Vous avez en effet, jusqu’à ce jour, un goût très prononcé pour la pédagogie.

Vous enseignerez à tous les échelons (d’assistant à professeur titulaire) jusqu’à votre arrivée à la tête d’Antel en 2005. En 1998, vous êtes élue doyenne de la faculté d’ingénierie et vous serez réélue dans cette fonction en 2002.

Vous avez ainsi accompagné d’innombrables étudiants dans leur progression scientifique.

Vous avez par ailleurs poursuivi des recherches, notamment dans votre secteur de prédilection, la transmission électrique et électronique des images, secteur de recherche qui a connu un développement extraordinaire durant ces dernières décennies.

Comme doyenne, vous avez mis l’accent sur le soutien aux étudiants, l’établissement de ponts entre l’Université et le secteur des entreprises, le rapprochement de l’Université avec l’ensemble de la société civile.

Pour vous, l’innovation ne doit pas en effet se cantonner au monde universitaire mais irriguer toute la société uruguayenne.

Parmi vos réalisations concrètes les plus remarquables, on note l’organisation des cursus de maîtrises et de doctorats ou encore l’initiative d’un centre d’essai de software, en concertation avec la chambre syndicale du software. Vous soulignez à ce sujet que malgré la crise de 2001-2002, entreprises et universités ont continué à se rapprocher, conformément à votre souhait profond.

En 2005, le Président Tabaré Vazquez vous appelle pour vous proposer un changement professionnel complet avec la présidence d’ANTEL. Il s’agit de promouvoir une candidature de compétences dans un secteur, celui des entreprises publiques, qui est parfois soumis à d’autres contraintes.

Vous hésitez finalement assez peu, car vous voyez dans cette proposition la possibilité de mettre en œuvre certaines de vos idées, notamment la diffusion de l’innovation technologique à l’ensemble du territoire. Sous votre présidence la couverture téléphonique de l’Uruguay se poursuit très rapidement, ainsi que l’interconnexion par fibre optique.

Vous faites aussi partie du groupe de réflexion qui prépare le plan d’introduction de l’informatique dans toutes les écoles du pays, pour donner à chaque élève un rôle plus actif dans son apprentissage.

Votre carrière est loin d’être terminée. Le Président de la République vous propose en mars 2008 de devenir Ministre de l’Education et de la Culture. Vous vous décidez rapidement, inspirée par votre expérience de doyenne dont vous dites qu’elle a été en partie un baptême politique, demandant les mêmes capacités de dialogue, de concertation et de modernisation que celles que requiert un grand Ministère.

Votre action et vos priorités sont bien connues Dans le secteur éducatif, vous vous efforcez de moderniser le système scolaire, notamment en décloisonnant les filières, en mettant l’accent sur les relations avec la société, en privilégiant les besoins de l’intérieur du pays, lignes d’action qui s’appliquent également au secteur culturel (avec la mise en place des centres MEC, le programme culture et inclusion sociale ou encore le programme cultura integra).

Je souhaiterais également mentionner la mise en place de l’Institut du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Uruguay.

Dans le secteur scientifique, il convient de mettre en avant votre présidence du Cabinet Ministériel de la Innovation dont l’agence nationale de l’Innovation est l’exécutant.

Le secteur scientifique uruguayen a des liens privilégiés avec la France et María Simón y a contribué largement. Curieusement, María Simón n’a pas poursuivi d’études longues en France, ce qui aurait pu expliquer son implication dans la coopération franco-uruguayenne. Elle a néanmoins fait deux passages à l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications en 1992 et 1994.

Elle a appuyé les accords avec l’INRIA français (institut d’informatique), avec notre institut des télécommunications, avec l’Université de Marseille dans le secteur des mathématiques ; elle a appuyé les projets bilatéraux ECOS (dont elle vient de décider d’augmenter la participation financière uruguayenne), le programme régional STIC AmSud, la mise en place du CLADIT (Centre latino-américain des Industries de Télécommunications).

Enfin, elle a, tant dans ses responsabilités à Antel que comme Ministre, appuyé toutes les activités culturelles de l’Ambassade de France, notamment les opérations Yann Arthus-Bertrand et Images du Louvre qui ont cherché a attirer un public très large, y compris populaire et en dehors de Montevideo, ce qui est cohérent avec les grandes orientations de María Simón que j’ai résumées précédemment.

Malgré ce bilan flatteur, je n’ai fait que résumer imparfaitement l’ensemble des activités de María Simón.
Détestant l’égoïsme et l’indifférence, María Simón est profondément impliquée dans la construction d’une société solidaire, où il y aurait le moins d’exclus possible. Les travaux qu’elle a pu effectuer il y a bien longtemps pour développer l’électrification et la téléphonie rurales l’ont mise en contact avec des parties de la population laissées de côté par le développement économique et social. Elle a eu la chance d’accéder à des responsabilités élevées qui la mettent en position d’agir pour construire une société plus conforme à ses aspirations.
Cette boulimie d’activités n’a pas empêché María Simón de consacrer beaucoup de temps à sa famille, à son premier mari qu’elle a accompagné malgré son divorce, dans la maladie et la mort, à ses deux enfants dont sa fille ici présente et à son compagnon actuel, l’ingénieur et professeur César Briozzo.

Son goût pour la science et les mathématiques, à qui elle trouve une parenté avec la recherche esthétique, a laissé une large place à la musique classique ou au rock, la lecture aussi bien sûr. De façon générale elle est parvenue à une étonnante conciliation entre aspirations scientifiques et interrogations culturelles et philosophiques.

María Simón, pour avoir durant votre trajectoire académique, vos années de responsabilité à la tête d’une entreprise publique, comme dans vos fonctions actuelles, cherché à développer une importante coopération avec la France, ses milieux scientifiques et culturels, j’ai l’honneur de vous remettre, au nom du Président de la République, les insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

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Dernière modification : 10/08/2016

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